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Rencontre du  Petio Prince sur la septième planète

 

À peine arrivé sur cette septième planète, le Petio Prince sentit un énorme souffle qui l'aspirait. Il s'accrocha alors à la roche la plus proche. Puis, il regarda en l'air et vit comme une énorme bouche noire.

_ BONJOUR ! cria le Petio Prince afin d'être sûr d'être entendu.

Mais il n'eut aucune réponse.

_ BONJOUR ! répéta-t-il en essayant de crier davantage.

Le souffle s'arrêta alors un instant. Le Petio Prince retomba sur ses pieds.

_ Bonjour Petite chose ! Inutile de crier ainsi. Je ne voulais tout simplement pas me trouver impoli. Il paraît qu'il ne faut pas parler la bouche pleine. Mais n'est-ce pas toi qui es impoli, en m'interrompant ainsi ?

_ Toutes mes excuses, monsieur…

_ Monsieur Trou Noir.

_ Enchanté, Monsieur Trou Noir.

_ J'ignore ce qui t'enchante ou ce que tu me chantes. Soit dit en passant, ma mère m'a toujours dit de ne point parler à la nourriture.

_ Ce n'est pas plutôt de ne point jouer avec la nourriture ?

_ C'est du pareil au même.

_ Mais de quelle nourriture parlez-vous ?

_ Eh bien, de cette planète et de ses petits insectes dessus.

_ Je ne vois point d'insectes.

_ De mon point de vue, tu es un insecte. Tout petit et insignifiant.

_ Je ne le crois pas. Je suis bien plus signifiant et consistant qu'un trou dont on ne peut définir les limites.

_ Tu es insignifiant car je te gobe en deux deux.

_ Bien. J'adore voyager. J'en suis ici à ma septième planète. Là où tu me proposes d'aller, ça ressemble à quoi ?

_ À la plus profonde des obscurités.

_ Bien. Ça me changera de toute cette lumière. Cette planète est si proche du soleil.

_ C'est une obscurité qui te perdra.

_ Excusez-moi de vous reprendre mais il me semble que votre phrase est inexacte. Je me perdrais moi. Pas elle.

_ Je veux dire que tu n'en ressortiras pas.

_ Qu'en savez-vous ?

_ Parce que personne n'en est jamais ressorti.

_ Peut-être y sont-ils tout simplement trop bien.

_ Foutaise !

_ Et pourquoi pas ? Y êtes-vous tout simplement allé ?

_ Bien sûr que non ! Comment veux-tu ?

_ Vous voulez dire que vous me vendez une excursion sans même savoir où tout cela mène ?

_ Ne sois pas si idiot. Je ne la vends pas. Je l'impose !

_ Vous la posez. Ce n'est pas beaucoup mieux. Je pense que vous n'êtes pas capable d'aller voir à l'intérieur car cela vous fait peur et vous attendez des autres qu'ils y aillent pour vous. Je pense que vous avez les chocottes !

_ N'importe quoi ! Je n'ai peur de rien ! Je suis très puissant ! Et si je veux voir ce qui se passe en moi, je le fais quand je veux !

_ Alors qu'attendez-vous ?

À ces mots, Trou Noir se retourna sur lui-même. Il se transforma alors en un magnifique nuage de couleur rose, jaune, blanc… qui éclaira tout l'univers.

Le Petio Prince resta bouche bée devant ce spectacle merveilleux. Les couleurs dansaient dans l'espace comme des rubans de soie céleste. Du rose tendre, comme les pétales de sa rose au lever du soleil. Du jaune éclatant, semblable aux champs d'étoiles qu'il avait traversés. Du blanc nacré qui scintillait comme la neige sur les volcans de sa petite planète.

_ C'est... c'est magnifique ! s'exclama-t-il. Vous êtes devenu plus beau que toutes les aurores boréales de l'univers !

Le nuage ondula doucement, et une voix étonnée en émergea :

_ Je... je ne savais pas. Pendant tout ce temps, j'avais cette beauté en moi et je passais mon existence à l'enfouir, à aspirer tout ce qui m'entourait pour combler ce vide que je croyais être.

_ Vous voyez, dit doucement le Petio Prince, les grandes personnes ont souvent peur de ce qu'elles ont en elles. Mais quand elles osent vraiment regarder, elles découvrent des merveilles.

_ Merci, petite chose. Non... merci, grand voyageur. Grâce à toi, je vais maintenant illuminer l'univers au lieu de l'obscurcir.

Le Petio Prince sourit et fit un dernier signe de la main au nuage lumineux.

_ Au revoir, Monsieur Nuage de Lumière. Continuez à briller pour tous ceux qui ont peur du noir.

Et tandis qu'il s'envolait vers sa huitième planète, il emportait avec lui cette leçon précieuse : parfois, il suffit de se retourner sur soi-même pour transformer ses ténèbres en lumière. 

© Ninie MAYOR 2026