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« Tu es nul » : le poids des étiquettes chez l’enfant

L’effet Pygmalion expliqué à travers le livre du mois

 

Ce mois-ci, la maîtresse de mon fils a proposé à la classe Le jour où j'ai commencé à aimer l'école, de Lynda Marty (SEDRAP Jeunesse). En le lisant avec lui, la maman s'est régalée… et la psychologue aussi. Car derrière une histoire drôle et tendre, ce livre parle d'un sujet que je rencontre souvent en consultation : le poids des étiquettes qu'on colle aux enfants.

L'histoire de Lucien

Lucien a 9 ans et il en est sûr : il est nul en orthographe. Pire, son maître est bien d'accord avec lui et ne se prive pas de le lui faire sentir.

Un jour, Lucien accepte de s'entraîner aux dictées avec son papa. Le travail paie : il décroche un « TB ». Mais au lieu de le féliciter, le maître n'y croit pas une seconde. Et quand un camarade prétend que Lucien a triché, c'est ce camarade qu'il écoute.

Alors Lucien prend les choses en main et commence à écrire un guide pour devenir un « gentimaître ».

Petit spoiler réservé aux parents : à vos enfants d'en garder la surprise !

Puis un nouveau maître arrive, et avec lui un nouvel espoir. Ce maître-là ose montrer qu'il peut, lui aussi, se tromper. Il annonce que les dictées appartiennent au passé : place aux « détectives des erreurs » ! Lucien n'est plus le cancre de la classe, mais un enfant prometteur et créatif. Et toute la classe se met à le suivre pour écrire le guide du maître idéal.

L'effet Pygmalion : quand le regard de l'adulte façonne l'enfant

En psychologie, on appelle « effet Pygmalion » le fait que les attentes d'un adulte influencent la réussite d'un enfant. Il a été mis en évidence dans les années 1960 par les chercheurs Rosenthal et Jacobson : des élèves présentés à leurs enseignants comme « prometteurs », choisis en réalité au hasard, progressaient davantage que les autres.

L'inverse existe aussi, on parle parfois d'effet Golem. Un enfant qu'on regarde comme « nul », « lent » ou « paresseux » finit souvent par le croire. Il se décourage, fait moins d'efforts… et confirme l'étiquette. C'est une prophétie qui se réalise d'elle-même.

C'est exactement ce que vit Lucien. Le plus dur pour lui n'est pas l'orthographe, c'est qu'on refuse de croire qu'il puisse progresser. Quand le regard de l'adulte ne bouge pas, l'enfant a l'impression que ses efforts ne servent à rien.

Mais le livre montre aussi l'autre versant : il suffit parfois d'un adulte qui change de regard pour que tout bascule. En reconnaissant qu'il peut lui-même se tromper, le nouveau maître dédramatise l'erreur. Elle devient un objet d'enquête plutôt qu'une faute. Et Lucien, enfin vu pour ce qu'il est, révèle ses ressources et entraîne les autres avec lui. C'est l'effet Pygmalion dans ce qu'il a de plus beau.

Comment éviter d'enfermer un enfant dans une étiquette ?

Quelques pistes, à la maison comme à l'école :

Parler du comportement, pas de la personne : « cette dictée était difficile » plutôt que « tu es nul en orthographe ».

Valoriser l'effort et les progrès, pas seulement le résultat.

Ajouter un « pas encore » : « tu ne sais pas encore accorder les verbes » laisse la porte ouverte.

Faire attention aux mots qu'on dit devant l'enfant, même en plaisantant, même à un autre adulte.

Croire en lui à voix haute : un enfant qui se sent cru ose davantage essayer.

Un livre à partager en famille

Le jour où j'ai commencé à aimer l'école est une belle porte d'entrée pour en parler avec vos enfants. Après la lecture, vous pouvez leur demander : « Est-ce que toi aussi, tu t'es déjà senti comme Lucien ? » ou « Qu'est-ce que tu mettrais dans ton guide du gentimaître ? »

Merci à la maîtresse de mon fils pour ce choix : un livre qui fait du bien aux enfants… et qui fait réfléchir les adultes.